C’était par un bel après-midi. Nous étions deux couples d’amis goûtant à la douce chaleur qui résistait aux premiers frimas d’octobre. Tandis que j’observais l’azur allongé sur le dos, je remarquai sans étonnement, parmi les nuages moutonneux, la présence de deux poissons exotiques, l’un barriolé, à gauche, l’autre à droite tigré. Ils étaient animés. Je voulus voir cela de plus près et pensai à la paire de jumelles dans la boîte à gants de la voiture. Comme dans un claquement de doigts, elles furent dans ma main. Après avoir soigneusement réglé la distance et le binoculaire droit, je pus observer de plus près la scène. Le poisson barriolé m’observait ironiquement de ses yeux ronds et noirs qu’il roulait de part et d’autre de sa face plate. Je trouvai cela très étrange, des poissons dans le ciel!
Mon regard se porta au loin vers la colline formant un plateau où des avions et des hélicoptères stationnaient sur la piste d’un aérodrome. Au même instant, je vis plusieurs aéronefs non identifiés prendre une position géostationnaire. Des objets lâchés descendirent lentement comme pour détruire les appareils au sol. Je me fis l’observation qu’on bombardait le site! Au même instant, le ciel fut illuminé par un feu d’artifice extraordinaire. La lumière fulgurante et intense émit des couleurs fantastiques!… Et puis une sorte de fluide gazeux de consistance étrange, d’apparence vitreuse, comme acqueuse, comme huileuse, commença à se répandre. Elle avançait dans notre direction et les gens s’écroulaient au fur et à mesure de son passage.
Un frisson d’effroi me parcourut l’échine de haut en bas. Je murmurai à Bernard qu’on allait y passer. “Arrête tes conneries!” rétorqua-t-il.
Lorsque l’onde mystérieuse nous atteignit, je me mis en apnée, pour voler quelques secondes encore à la Mort… C’est alors que je me réveillai, le visage enfoui sous un bras, dans le lit de la Bastide Bleue à Séguret (Vaucluse) où nous avions passé le week-end en amoureux.
Renée près de moi dormait paisiblement, sans se douter le moins du monde qu’elle venait d’échapper à la mort.
Parce que je m’étais réveillé à temps!